Eyes wide shut – Stanley Kubrick (1999)

     

Le contexte de la réalisation

Eyes wide shut est classifié dans la catégorie des drames érotiques.

Certaines scènes trop explicites ont d’ailleurs été supprimées afin de permettre au film de sortir dans les salles obscures. Le montage a eu lieu alors que Stanley Kubrick était décédé. Le film est-il fidèle à ses désirs initiaux ? Le mystère reste entier à l’image de ce film infiniment intriguant.

Le synopsis

La routine (notamment sexuelle) du couple bourgeois de Bill et Alice est le point de départ du film. Bill, médecin renommé et sa femme sont torturés entre la tentation adultérine et la fidélité à l’idée même de la fidélité.

La tromperie, dès les premières scènes, est l’obsession récurrente qui harcèle Bill et son épouse, tous deux tiraillés entre convenances morales et pulsions animales.

Il suffira d’un rien pour que tout bascule et évidemment, c’est le chemin tortueux qu’emprunte le couple :

Bill se laisse tenter à ses dépends par une secte composée de personnalités importantes qu’il fréquente lors de mondanités. Le mystère et l’interdit l’attirent mais avec un lot de risques parfois inconsidérés. Il est avide de percer le secret et découvrir la face cachée d’un soit disant club élitiste dont les codes stricts sont nécessaires à préserver la confidentialité. Il voit cette escapade comme un jeu au lieu de la prendre comme un danger.

Les mises en scène des orgies sexuelles qui ont lieu dans un manoir sont d’un théâtralisme satanique.

Tout y est permis, ce qui sort Bill de son quotidien bien rangé mais à quel prix ? Là où les sexualités semblent s’adonner sans interdit, ce n’est qu’un simulacre de liberté qui se trame. C’est là que le piège se referme sur Bill qui a mis le doigt dans un engrenage sans fin. Aveuglé, il se laisse envahir sans trouver d’issue aux représailles, au sens propre comme figuré d’ailleurs.

L’analyse :

  • Le clivage

Il est question dans ce film de l’intime et du public, de ce que l’on cache et ce que l’on veut bien montrer. L’habit ne fait pas le moine en d’autres termes. Le rapport de force est prégnant tout au long de ce métrage où des enjeux dépassent les protagonistes et ont tendance à les mener à leur perte.

D’un côté l’élite, sa richesse, sa noblesse et bienséance et de l’autre le bas peuple et notamment l’esclavagisme sexuel auquel des prostitués vendent leur âme. Celles-ci sont assujetties par besoins, aux folies de richissimes personnalités en mal de sensation. Entre les deux modes, des faux-semblants cimentent le tout en un alliage solide qui écrase qui s’immisce sur son passage.

  • Le sexe

Le sexe est l’objet central du film. Les corps se dénudent au fil des scènes de vie de couple d’une part et d’autre part celles des ébats libertins du manoir. Voyeurs le temps d’un film, vous apprécierez notamment la plastique tout en finesse de Nicole Kidman et les coïts aguicheurs des adeptes de la secte.

Cette secte élitiste ou bien la sexualité dévergondée qu’elle incarne domine et manipule Bill. Le spectateur mis dans la confiance a envie de voir ce monde occulte comme si lui aussi était privilégier de découvrir les orgies du manoir et jusqu’où le sexe peut mener.

Par ailleurs, il est encore plus croustillant pour les spectateurs d’entrer dans l’intimité du couple à la vie (à cette époque) comme à l’écran de Tom Cruise et Nicolas Kidman. Chacun peut se reconnaître dans leurs rapports, leurs tensions, leurs jalousies et leurs désirs.

  • Les symboles

Beaucoup de symboles sont plus ou moins cachés dans le film en référence à la franc-maçonnerie et aux illuminatis notamment. Le masque est l’élément symbolique le plus visible. Il éveille la curiosité de Bill et lui ouvre la boite de pandore de toutes les interrogations entre fourberie, appartenance, danger, cachotterie, excitation…

  • Un titre énigmatiqueeyes-wide-shut-9

S’agit-il de fermer les yeux devant l’assujettissement sexuel de prostituées au profit de l’élite ?

S’agit-il de fermer les yeux sur l’adultère afin de préserver l’institution du mariage ?

S’agit-il surtout de fermer les yeux sur le pouvoir insoupçonné des sectes influentes ?

  • Une affiche à interpréter

Semble-t-il que Nicole Kidman n’a pas su fermer l’oeil sans doute parce que quelque chose de plus fort qu’elle la tourmente et/ou l’attire.

Il s’agit à mon sens de l’idée d’être marié mais seul à la fois oscillant entre une vision conformiste du couple et des désirs individuels qui s’y opposent.

  • Et la morale dans tout ça ?

Le film reste dans la suggestion d’idées que chacun se doit d’interpréter. Pour moi, il illustre la manière dont le monde est régi par le sexe ; les plus faibles (moralement, physiquement, financièrement) se faisant utiliser au profit des plus forts (moralement, physiquement, financièrement). Chacun à son niveau est néanmoins esclave du sexe, celui qui vend son corps et celui qui en use.

Quant à votre avis, il m’intéresse vivement au regard de la complexité des interprétations possibles alors n’hésitez pas à le partager.

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