Histoire d’O – de Just Jaeckin (1975)

affich_36887_1J’entendais parler depuis longtemps de cette référence du cinéma érotique ; il était donc temps que je regarde Histoire d’O quand bien même l’idée de me plonger dans le style cinématographique des années 1970 me rebutait quelque peu.

J’avais dans l’inconscient, la certitude de découvrir un film sadomasochiste et bien qu’il en soit question, j’ai plutôt eu le sentiment de voir un film aux arrières goûts de candaulisme.

Rappelons que le candaulisme est un fantasme masculin qui consiste à prendre du plaisir à voir sa femme s’ébattre avec un autre, en participant ou non d’ailleurs. L’ambiguité de ce jeu parfois dangereux, met en action des sentiments opposés ; jalousie et confiance, liberté et possessivité. Le site Blog Libertinage en tire une analyse très pertinente dans l’article : Candaulisme, qu’en pensent les femmes libérées ?

Aparté fait, j’en reviens à Histoire d’O où de scènes en scènes, les femmes se dénudent et se tortillent sous les coups du cuir affûté pour l’occasion. Impossible pour moi de tirer une conclusion de ce film:

Mon cœur balance dans l’ambivalence de deux analyses qui s’opposent totalement : femme objet ou femme fatale ?

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O, la femme objet :

O, jolie jeune femme éperdue de son amant est prête à tout pour avoir une place ultime et singulière dans son cœur.

Elle pousse au bout de son sens l’expression « preuve d’amour » en démontrant jusqu’à quels tréfonds pervers elle est capable de se soumettre pour les doux yeux bleus de son amant.

J’ai alors l’impression d’assister à 1h40 de traite des femmes. Ces femmes ou bien esclaves, sont vêtues de sorte que leurs orifices restent perpétuellement disponibles à la consommation. Elles doivent respecter des règles tel que ne pas regarder dans les yeux un homme, dormir attachées, être fouettées si elles parlent… Si seulement j’avais eu l’impression qu’elles y prennent du plaisir, why not ? Cependant à aucun instant je n’ai eu ce ressenti.

Elles livrent leur corps tel un objet dont elles sont dépossédées. Un parallèle au dévouement miliaire mais ensuite venu à l’esprit. ils cèdent leur service, corps et âme appartenant à la partie telles nos sujets de second sexe dévolues à l’homme « supérieur ». Néanmoins c’est une noble cause qui motive le corps militaire contrairement à ces corps féminins. Plus que du sadomasochisme misogyne et rétrograde, j’ai vécu Histoire d’O comme la démonstration de la toute puissance masculine, son hégémonie caricaturée et me suis dit : serai-je trop fermée d’esprit ? Ou quelque chose m’échapperait-il ?

Si au moins l’amant de O en valait la peine mais il se dégonfle de minutes en minutes pour passer la main à un autre…

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O, la femme fatale :

Ô combien fus-je perturbée de regarder le film sous un tout autre angle ! Si finalement, ce film était à la gloire de la femme fatale faisant resurgir sa nymphomanie grâce à ses amants bienveillants.

Esclaves certes, mais les demoiselles qui se prêtent au jeu sont choyées, servies, lavées et adorées. Incapable de satisfaire seul son amoureuse, l’amant de O la concède à d’autres pour pouvoir lui offrir ce dont elle a besoin tout en concevant son amour.

L’expression « On ne peut prêter que ce qui nous appartient » est le slogan de l’amant d’O qui plus il l’a prête à ces messieurs, plus elle est sienne.

Évidemment le contre coup le tracasse un peu d’où les quelques coups de fouets revigorants. Lorsque l’amant d’O perd pieds à mesure de son complexe d’infériorité, c’est sans doute que la suprématie d’O le dépasse. La beauté, les envies intarissables et surtout l’indépendance d’O le mettent à mal. En effet, O est une femme photographe moderne dans sa pensée et décomplexée. Elle assume aussi bien ses désirs envers les hommes que les femmes. Elle se prête d’ailleurs au jeu de la manipulation à son tour qui lui réussit à merveille. Elle est sans conteste adorée de ses amants rendus à sa simple vue, esclaves de sa prestance.

Complexe d’infériorité et de supériorité s’achalandent dans des jeux sexuels où l’on ne sait plus tant qui est le dominé du dominant et où le candaulisme semble implicitement être la solution à l’infini désir féminin…

Peut-être que je vais en erreur… Somme toute est-ce subjectif… Des avis sur la question ?

1975 --- French actress Corinne Clery on the set of Histoire d'O (The Story of O) written and directed by Just Jaeckin. --- Image by © Georges Pierre/Sygma/Corbis

5 commentaires sur “Histoire d’O – de Just Jaeckin (1975)

  1. quand j ai vu le titre du billet je me suis dit « oh tiens la bonne idee revoir histoire d’O » mais au final en lisant ton billet, en plus je partage la meme reticence cinematographique que toi sur certains films de cette époque, je n’ai plus du tout envie de le revoir.
    D’une le « décor » à quand même bien vieilli 🙁
    de deux je partage ta vision du film qui pour moi est clairement plus sur le candaulisme que sur le SM – même s’il est en toile de fond
    Apres à titre perso le cote « on ne peut preter que ce que l’on possède » à la facheuse tendance à me filer de l’urticaire.
    à mon sens on ne peut posseder qu un objet, un chat, un fox terrier ou un humain, même de sexe féminin, n’est pas possedable. C’est tout l’art de l illusion du couple d’ailleurs 🙂
    Je partage également ton ressenti sur le mélange controle et peur de perdre ce controle ce qui pousse à la correction. C’est assez frequent chez ceux qui aiment s illusionner de ce concept, et pas que dans le cul, le drame du « controle » sur l’autre c’est qu on a peur de perdre ce controle ce qui immediatement renverse l’ordre des valeurs, le dominé devient à ce moment là le dominant.
    Un tres bel exemple quand vous voyez une jeune fille de 50 kg « tenir » en laisse un dog argentin de 55kg 🙂 qui sort qui ? qui est le maitre de qui ? qui tire qui ? (ca marche aussi avec les ptit vieille et les tequels)
    En tout cas merci tu viens de m’economiser 1h30 de film 🙂

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