Irréversible – de Gaspar Noé (2002)

Trash un jour, trash toujours !

Pour la petite histoire :

J’ai vu ce film à l’âge de 14 ans. Ma copine des 400 coups et moi-même, nous nous questionnions beaucoup sur notre identité sexuelle et nos désirs naissants. Nous nous confiions sur notre intimité respective dont nos moments de masturbation… Notre initiation se poursuivait au gré des cigarettes dérobées et bières bues en cachette en visionnant notamment quelques films X qui aiguisaient déjà notre sens critique.

Un soir, nous avions la maison de mes parents pour nous toutes seules.

Avides de nouvelles sensations, nous avions loué la K7 d’Irréversible au vidéoclub (ça existait encore à l’époque et oui) bien qu’il soit interdit au moins de 16 ans.

Sans doute avions nous moins peur de toucher les limites, à deux. Il n’empêche que nous avons passé une bonne partie du film à nous cacher les yeux sous un plaid. Moi qui faisait la fière de prime à bord, je m’étais vite rendue compte que j’avais sous estimé les effets de ce film qui au-delà des scènes de sexe très crues et violentes, est un chef d’œuvre en son genre. Cela dit, je préfère prévenir : ou l’on aime ou l’on déteste mais l’on ne peut pas rester indifférent à Irréversible.

Le scénario :

Axel et Marcus sont interprétés par Monica Bellucci et Vincent Cassel en couple à l’écran et dans la vie, à cette époque.

Comme chacun le sait, le film tourne autour d’une scène de viol excessivement violente et réaliste.

Je n’en dirai pas plus sur le synopsis pour ceux qui n’ont peut-être pas encore vu Irréversible.

Vous vous ravirez de la plastique de Monica Bellucci que je trouve très séduisante dans ce film où elle se présente en toute simplicité. Le charisme de Vincent Cassel est tout à fait érogène et ravageur pour sa part. Les corps s’exposent sans pudeur.

Le spectateur est plongé dans l’intimité du couple dont les émois sont tendres en opposition aux scènes de violences sexuelles, morales et physiques qui suivent.

Une réalisation hors norme :

Le montage du film est très spécial et même déroutant, ce qui a valu à Irréversible, la foudre des critiques négatives mais aussi l’encensement d’autres médias plus avant-gardistes.

Adepte d’expériences novatrices, j’ai adoré bien qu’assez perturbée par les images chocs qui ne me lâchaient plus la cervelle les jours suivants ! Nulle part ailleurs je n’avais vu une telle conception de la réalisation. L’histoire de vie qui est contée est certes aussi intense que le meilleur des orgasmes mais c’est surtout la manière de la raconter qui produit un tel impact sur le spectateur. Le séquençage donne une profondeur au film et rend le dénouement d’autant plus émotionnel.

Je fus transportée par l’esthétisme glauque et le montage intriguant des scènes qui n’empêchent que l’on suit très bien le déroulé de l’histoire. Le film m’a emporté avec lui et largement malmené voire violenté au sens bénéfique du terme, celui qui questionne, interroge voire remet en question le spectateur.

Les polémiques :

Au-delà de la scène de viol, le film est d’une rare violence portée jusqu’à l’insoutenable.

Nous sommes bien loin des mièvreries « grand public ». Dès l’avant-première du film, des spectateurs se sont sentis très mal à l’aise voire outragés suite au visionnage de la scène de viol. Chacun s’interroge sur l’intérêt cinématographique de cette scène. Un grand nombre a trouvé que cette violence jugée gratuite et provocatrice n’était qu’un appât pour attirer le public. D’ailleurs beaucoup de personnes ont visionné Irréversible uniquement pour voir cette scène.

Une certaine polémique persiste aussi autour du fait que l’on puisse ressentir de l’excitation pendant la scène de viol alors qu’elle est abominable.

Est-ce moral ou au contraire totalement immoral ? Chacun se fera sa propre idée à ce propos. A mon sens, il faut replacer le film dans son cadre c’est-à-dire une fiction. Il ne s’agit pas d’un véritable viol même s’il est vrai que la scène est particulièrement réaliste. Je ne suis donc pas spécialement offusquée que l’on puisse en tirer de l’excitation.

Enfin, un effet pervers lié au choix de l’actrice principale entre autre (Monica Bellucci) vient questionner les rapports hommes / femmes.

Effectivement certains, notamment des hommes à la mentalité rustre tendirent à dire « qu’elle l’avait bien cherché ». Choisir une icône sexuelle en robe légère pour interpréter Alex engendre forcément une zone de risque. Je vous laisse imaginer le débat stérile entre les féministes aux prises avec l’image véhiculée de la femme et les hommes aussi rétrogrades que misogynes à la vue des seins qui pointent de Monica Bellucci…

La morale :

Irréversible questionne sur l’amour, le sexe, les excès de manière générale et la violence bien entendu.

Ce que j’en retiens de plus marquant, c’est le sentiment insupportable que tout peut basculer d’un instant à l’autre. Nos vies ne tiennent qu’à un fil. Le réalisateur, Gaspar Noé, interroge donc la valeur de la vie jusqu’à la dernière scène du film qui tombe sur le spectateur tel le couperet final.

Être là, au mauvais moment, au mauvais endroit est l’objet de ce film qui nous démontre comme nos existences sont fragiles.

Les concours de circonstances agencés parfois à seulement quelques secondes près peuvent nous sauver ou au contraire nous précipiter dans notre propre chute alors que rien ne le prédisait.

Pour ceux qui n’ont pas encore vu Irréversible, si vous n’avez pas froid aux yeux, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

 

9 thoughts on “Irréversible – de Gaspar Noé (2002)

  1. Coucou Stella oui quel film ! bon jedis ça pour tout les films de Gaspard Noé
    Je me souviens notamment de ma premiere rencontre filmographique avec son travail sur le film « seul contre tous » … 10 min avant la fin (nous n’étions plus que 6 dans la salle – 18 au début) le film s arrete et précise « si vous avez eu du mal à voir le film vous devriez sortir » et l c’etait sympa de prévenir le spectateur tellement la fin est … tu visionneras 🙂
    D’une manière générale les films de Noé justement ne permettent pas aux spectateurs de rester passifs il vient te prendre à la gorge, la ou ca fais mal la ou c’est le plus humainement inhumain chez nous tous. Comme disait un vieil ami si ca te dérange c’est que ca te touche si ca te touche c’est que c’est en toi …

    La scène de viol hahahaha j adore la polémique autour, les gars matte des nana se fait bourrer sur pornhub mais vont s’offusquer d’une scène trop réaliste, la plus part des films mass média font pleuvoir les morts à la pelle mais la c’est juste du réel, ou du moins juste réaliste, dans les films de Gaspard Noé ils n y a pas de mise en perspective, le nichon de monica c’est dans la face que tu le prend. La morale ne peut pas se réfugier derrière la fiction pour « mieux le vivre »
    Bon je vais pas m’étaler
    Juste pour conclure je voulais préciser que je ne suis plus vraiment fan des films de ce type. Tristement je n’ai cas allé voir mes gamines dans les quartier pour voir les effets des viols collectifs ou allumer ma télé mon cerveau voit tres bien les images qui correspondent. D’ailleurs au passage je n’allume plus ma télé à part pour le catch et plus belle la vie … oui je sais je suis navrante 🙂
    En tout cas même si je ne met pas de ommentaire chaque fois merci de me faire découvrir ou redécouvrir pleins de films non grand public

    1. Coucou Charlie !

      C’est toujours un plaisir de découvrir tes commentaires d’autant plus que tu m’apprends l’existence du film « seul contre tous » que je n’ai jamais vu. Il faut que je le vois de toute urgence !

      Prochainement, je ferai un article sur « Love » qui prête à débats lui aussi. Il y a toujours matière à réfléchir avec Gaspar Noé et c’est ce que j’adore.

    2. J’ai vu « seul contre tous » et ses fameuses 10 dernières minutes.

      Le monologue du protagoniste tout au long du film est très intéressant : cru et acerbe, très critique sur la condition humaine et les relations. Je vois ce film comme une illustration de la solitude. L’histoire de vie nous compte comment, de vicissitudes en concours de circonstances, cet homme va jusqu’à toucher le fond.

      La fin est très choquante, quasi insoutenable comme à l’accoutumé avec Gaspar Noé. Le pire ? A force de s’habituer à son style et de manière générale à la violence véhiculée par les médias, on n’est plus tellement horrifié de voir ces images… C’est peut-être là qu’il faut commencer à s’inquiéter d’ailleurs…

  2. A l’Origine. Ma Cousine était la doublure de Monica Bellucci quand le film était en post-production, la scène du viol? c’est ma cousine. 🙂 Il y a deux versions qui existent de la scène du viol… Elle venait de terminer sa participation au tournage de Lara Croft en 2001 avec Angelina Jolie, où, là aussi, elle était la doublure officielle. 🙂

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