Nymphomaniac (Vol. I & II) – de Lars Von Trier (2014)

Drame érotique unique en son genre, Nymphomaniac a fait parler de lui autant pour ses scènes non simulées que la qualité de ses acteurs et surtout la conception très torve de la femme selon Lars Von Trier.

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Le drame érotique par excellence

nymphomaniac-poser-3Nymphomaniac est un film parti pris, nul doute donc qu’il défraie la chronique entre les arguments « pro » et « anti ». C’est d’ailleurs pour cette raison que ce drame érotique est à mon sens réussi ; il interpelle et questionne, ce qui est le but de toute œuvre. Non qu’il ne faille l’encenser outre mesure mais plutôt y exercer son sens critique pour aller au-delà de la sombre vision non moins sublime de Lars Von Trier. Nymphomaniac fait partie des films qui n’ont nullement besoin de poudre de perlimpinpin, d’effets de style ou d’autres feux d’artifices pour porter les téléspectateurs au summum orgasmique de son scénario.

Si Lars Von Trier a du brio, c’est qu’il ne laisse jamais indifférent les cynophiles non par des provocations gratuites mais par sa capacité à nous faire réfléchir quitte à oser être novateur plutôt que de surfer sur un style commercial. Ce film, prenant de bout en bout, est d’une richesse esthétique, psychologique, sociologique et philosophique aussi intense qu’envahissante, à l’image de la nymphomanie et des multiples débats que ce trouble amorce en chacun de nous.

avatarJe suppose qu’il est inutile de préciser de quoi parle Nymphomaniac. Le sujet de ma chronique n’est d’ailleurs pas vraiment là. L’intérêt n’est pas tant le thème que la manière de l’avoir mis en scène.

Évidement, le réalisateur a un point de vue très obscur en la matière. Cette part de noirceur de la sexualité dont il nous délivre l’expression est à accepter telle qu’elle est, laide et honteuse ; le sexe ne pouvant pas toujours être une affaire de divertissement et notamment au cinéma. J’en sais quelque chose au regard de ma manière de se questionner sur le sexe aussi bien avec gravité que dérision dans mon recueil Sexe Cité. J’aborde d’ailleurs le thème de la nymphomanie dans les nouvelles « Sommeille en eux ce qui m’éveille à moi » et «  Quand l’ébat capote, germe la vie ».

Un synopsis rudement bien léché

Joe, incarnée par Stacy Martin et Charlotte Gainsbourg en fonction des époques de sa vie, nous conte son histoire telle une illustration de la nymphomanie. L’origine de son mal : inné ou acquis ? psychologique ou sociologique ? En tout cas, Joe est victime d’elle-même.

Les destins féminins sont souvent tragiques voire fatals dans les yeux de Lars Von Trier.

Dans un dialogue entrecoupé de flash back, Joe et son interlocuteur interprètent avec deux regards opposés mais complémentaires comment la nymphomanie a germé et grandit en Joe et s’est développée en multiples liaisons devenues incontrôlables et destructrices.

Pour ficeler le tout, les scènes érotiques voire pornographiques se succèdent aussi poignantes les unes que les autres.

La nudité est prégnante. Les corps se domptent dans le plaisir mais surtout dans la douleur. Aussi bien les dialogues que les actes sexuels donnent de la profondeur à l’histoire. Autant dire que les amateurs de films crus sont servis plus qu’il n’en faut pour être rassasié.

Un casting jouissif :

Nymphomaniac

nymphomaniac-1Nymphomaniac nous propose une orgie d’acteurs talentueux qui ont tous osé se dévoiler avec impudeur à commencer par l’égérie de Lars Von Trier : Charlotte Gainsbourg (Joe femme). Magnifiée autant que souillée, elle est l’ange déchu, attendrissant et révulsant. L’ambivalence qu’elle provoque chez le spectateur est à la hauteur de son jeu d’actrice.

Nous découvrons aussi une jeune actrice très séduisante Stacy Martin (Joe jeune femme) qui sait aussi bien nous transmettre la plus intense émotion sexuelle que le plus enfoui de ses secrets en un simple battement de cil. Petite fleur désenchantée, elle vacille entre enfant fragile et animal sauvage.

La musculature de Jérôme (Shia Labeouf) se déploie pour notre plus grande satisfaction lorsqu’il s’amourache trop éperdument de Joe, succube dévastatrice. Shia Labeouf ose aller au bout de son personnage qu’importe l’intimité qu’il dévoile. Il nous tient en suspens lorsque son âme d’amoureux fougueux se délite en mari rongé par la jalousie.

Et vous savez quoi ? Il y a même le petit Billy Eliott (Jamie Bell) qui a perdu sa crédulité pour des désirs bien plus pervers somme toute, en interprétant le personnage de K…

Madame H, jouée par Uma Thurman participe aussi à la débauche en illustrant l’un des « dommages collatéraux » provoqué par la nymphomanie de Joe.

Enfin, Christian Slater est parfait dans son rôle de père du « monstre érotique » qu’est Joe. Son interprétation simple et intense dévoile un homme totalement dépassé par la situation de sa fille pour laquelle il partage une profonde tendresse.

Lars Von Trier et la sexualité féminine, un combo dévastateur :

Qui de Lars Von Trier ou de ses acteurs, est le plus torturé ? Je vous laisse deviner…

Nymphomaniac succède à quelques films où la femme est représentée de manière aussi sexuelle que mortifère. Je pense notamment à Mélancholia et Antechrist dont je ferai la chronique aussi. S’il y a bien du trouble, c’est en Lars Von Trier et il sait à merveille le déverser dans ses films pour mieux nous questionner sur nous-même.

La nymphomanie, une maladie, un état ou une panacée ?

Les aventures de Joe peuvent faire rêver ceux qui aiment le sexe mais d’étreintes insouciantes en engrenages dangereux, le spectateur assiste à sa descente aux enfers ; là où seule la solitude fait foi. Sous le prisme de la nymphomanie, Lars Von Trier donne à voir la culpabilité du désir féminin, la punition que certaines s’infligent se sentant fautives d’être habitées par « le démon ».

Pour lui, la femme est aussi puissante que fragile car elle peut mener avec succès sa frivole vie sexuelle qu’en devenir l’esclave. La nymphomanie rend la femme invincible devant ces vils hommes oscillant entre admiration et dégout par tant de supériorité sexuelle à laquelle ils se soumettent finalement. Joe est donc la Femme avec un grand « F » qui peut tout avoir et finalement ne rien garder. De rencontres en rencontres, le seul amant de Joe est la solitude jusqu’à ce que la déchéance s’en suive ; le pouvoir sexuel devient un gouffre sans espoir où règne la souffrance. Nymphomaniac exhibe une triste vision parfois manichéenne de la femme dont nous pouvons tirer des vérités tout en gardant une distance critique.

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5 excitantes raisons de s’abandonner à Nymphomaniac :

  1. Pur parce que les acteurs donnent plus qu’un jeu au fil des incessantes scènes intimes d’ébats et de pratiques inattendues…
  2. Trash en osant ce qui aurait pu rendre le film ridicule mais le propulse au rang de classique tant Lars Von Trier a l’art et la manière de nous surprendre.
  3. Erogène grâce à un sens de l’esthétisme et un goût tout particulier du réalisateur pour les muses désabusées et les nymphes suprêmes.
  4. Mystique tant les personnalités exposées sont intrigantes voire dérangeantes.
  5. Dramatique parce qu’il n’y a rien de meilleur pour transcender les passions sexuelles.

Je vous conseille de prendre un après-midi pour voir les deux volets de Nymphomaniac à la suite, en version non censurée bien entendu : émoustillés, apeurés et choqués vous serez.

Envie d’approfondir le sujet de la nymphomanie ? Suiviez ce lien vers l’article « un éclairage sur la nymphomanie » de ma complice Anouchka Farlant qui nous détaille ce sujet encore trop souvent tabou.

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