Chronique « Osez 20 histoires de chasseuses d’hommes »

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Et oui, le monopole de la chasse n’est pas réservé aux hommes, une évidence qui n’en est pas une pour tout le monde. C’est là qu’intervient « Osez 20 histoires de chasseuses d’hommes », un recueil édité par La Musardine, qui vient assoir la légitimité des femmes en matière de prédation sexuelle.

Esprit du recueil :

Sous le prisme du girl power, la majorité des nouvelles du collectif d’auteurs, donne une image très féministe et moderne de la femme et ça fait du bien !!! Voir écrites, noir sur blanc, toutes ces situations où les femmes sont libérées, assumées, délivrées, je dirais même affranchies du patriarcat, me rend fière du chemin parcouru vers l’égalité des sexes. Et à vrai dire, je ne m’attendais pas à cela en me plongeant dans cette lecture.

Je pensais lire des histoires divertissantes et excitantes de nymphettes dévergondées mais au-delà de la forme, j’ai surtout senti se dégager une représentation de la femme forte qui se démocratise, avec ses succès et ses déboires sexuels…

Coups de cœur :

Je ne dirais pas que ce recueil est homogène néanmoins, de vraies et nombreuses perles en ressortent. D’ailleurs, à l’image de la bestialité des héroïnes croqueuses d’hommes, je l’ai dévoré avec appétit, à me repaitre jusqu’à la dernière miette de toutes ses prédatrices entreprenantes. De pages en pages, j’étais surexcitée de lire ces récits où les rôles s’inversent dans les conceptions socialement correctes des relations homme/femme. C’était tellement jouissif de voir les comportements que l’on prête habituellement aux hommes (dominant, graveleux, lourd, obsédé, pervers, coureur, infidèle, gougea…), cette fois-ci attribués aux femmes. Ces qualificatifs plutôt péjoratifs prenaient alors une toute autre teneur teintée d’érotisme, de provocation, d’audace et de surprise.

Dans cette horde de récits carnassiers, quelques-uns ont particulièrement éveillé mes sens. Je vous les partage tout en sachant bien que c’est un avis purement subjectif :

« Chroniques d’une cougar » de Dora B – pour son humour et ses torrides descriptions d’anatomies masculines.

« Avec l’ivresse » de Noémie Moraguène – qui inverse les clichés avec brio dans un contexte insolite.

« La reine de la nuit » d’Octavie Delvaux – pour le plaisir de jouir du pouvoir érogène des femmes.

« Un mariage » de Brigitte Reizler – qui dépeint le poids de la morale avec justesse et la rage au ventre de l’innocence qui se métamorphose…

« Le poisson dans la nasse » de Carlo Vivari – une parfaite représentation de la mangeuse d’hommes, admirable et effrayante à la fois.

« Bon anniversaire, Maman ! » de Marie-Laure Hézard – un récit tellement immoral et pourtant si affectueux ; jouissif.

« La bête et la belle » d’Eric Mouzat – pour sa perversité orgasmique !

« Le trophée » de Nicolas Millet – pour sa diabolique voracité !

Œil critique :

De rares récits ne me semblent pas en accord avec l’esprit global du livre, en raison de leurs descriptions de filles faciles prêtes à tout pour des hommes décharnés de sexappeal. Marre de toutes ces ritournelles mille fois entendues de vieux, moches et fades qui se tapent des bombes écervelées, prétextant un charisme viril qui est en fait illusoire mais rassure les hommes. Cela laisse à penser que le sexe, pour les femmes, n’est qu’une monnaie d’échange pour obtenir autre chose et non une fin en soi, à savoir d’assouvir leur propre plaisir. Or, dans ce recueil, c’est cette quête d’assouvissement sexuel pulsionnel et bestial qui flirt avec la nymphomanie, qui m’a tant plu. J’aurais d’ailleurs aimé pour que ce recueil finisse en apothéose, une histoire de prédation poussée à son paroxysme où une femme aurait violé un homme.

En bref :

Au-delà du caractère érotique de ce recueil, il contribue à changer les regards au profit d’une femme sans complexe, maitresse de ses désirs, experte de ses plaisirs, amante lauréate, qui exprime souvent ses envies sans détour.

Ni dupe, ni saute, ni novice, ni fragile, ni intimidée, ni honteuse, juste assurée, déterminée, entreprenante et parfois très vicieuse. Qui plus est, le recueil pointe judicieusement le doigt sur le revers de la médaille de ces femmes, qui ont aussi leur lot de solitude, de frustration et de dépendance lié à leur goût insatiable pour le mâle. Parfois même, quelque chose d’assez monstrueux voire de salement libidineux transpire d’elles et c’est bien toute cette ambivalence qui est passionnante à lire. Je remercie vivement la Musardine pour cette appétissante découverte.

Pour se procurer le livre, c’est ici : Osez 20 histoires de chasseuses d’hommes

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