Branlons-nous en !

IMG_8449

IMG_8447Quel est le meilleur moyen d’évaluer notre niveau de dextérité fine ? Prêtons-nous par exemple à un jeu de pressions tout en souplesse où l’agilité et le rythme des doigts donnent corps aux sensations. Il est de bon ton de varier la cadence et s’adonner à des enchainements de mouvements torves qui sont les gestes orchestrant le plaisir. « Jamais mieux servit que par soi-même » est une expression qui prend tout son sens en cet art de se donner plus que du bien : LE bien. Juge et partie, ce que je pourrais nommer « s’autoprocurer » est un jeu d’enfant là où certains partenaires ont besoin d’un mode d’emploi pour nous contenter et quelquefois, sans succès…

Parfois il ne faut pas voir plus loin que le bout de son doigt pour se satisfaire pleinement.

Souvent nous en usons et abusons dans la solitude, More than sex m’évoque donc la masturbation. L’isolement, non celui que l’on subit mais celui que l’on choisit est prolifique car il confère plus qu’une dimension érotique à cet acte individuel. La caresse est une « pause bien-être solo » que l’on s’octroie plutôt qu’un acte sexuel à proprement dit. Prendre soin de soi, c’est aussi policer ses désirs dans ses moindres finitions. Dérivatif à l’anxiété, il m’est arrivé, je le confesse, de l’utiliser pour m’endormir quand mon esprit alambiqué est trop envahi par mes bizarreries. Un peu comme s’enfiler une coupe de champagne ou avaler une part de fondant au chocolat dans la hâte ; s’astiquer offre l’essentiel tout de suite et maintenant sans qu’il ne soit nécessaire de considérer un partenaire. Just me, myself and i. Nous sommes toujours disponibles pour nous-même, notre corps aussi bien que notre esprit étant indissociables jusqu’à preuve du contraire… Se tripoter est un pur moment de Fast self sex vécu généralement dans une décontraction ultime que certains ne s’autorisent pas forcément en présence de leur moitié, entêté en premier lieu par le plaisir de l’autre et l’image qu’ils renvoient d’eux. Plus seul que seul, à qui rendre des comptes si ce n’est à son organe le plus érogène ?

Le spectateur le plus indulgent envers nous-même étant sans nul doute, nous-même ; le droit de rater qui est le premier pas vers la réussite, devient possible. Libéré du regard extérieur, l’afflux sanguin se charge de nous faire chavirer de plaisir, de vagues en remous au fil de l’eau.

DSC_0174_2

Punir le plaisir serait d’un conservatisme à rendre adepte du masochiste tout adolescent en mal de masturbation chronique. Contre-productif par essence, l’interdit ne demande qu’à être enfreint et ne pourra rendre l’adolescent qui sommeille en nous que davantage dépendant de ce besoin. J’ose donc être assez moderne pour penser que la masturbation n’est plus un acte tabou aussi bien pour l’un et l’autre des deux sexes. Mais supposons que certains portent encore la culpabilité d’un acte qui ne regarde que leur nombril. Au même titre que la liberté de pensée et même celle de rêvasser des pires déviances répréhensibles, personne ne peut pénétrer l’intimité de nos désirs masturbatoires. Aucune entité ni même un esprit méphistophélique ne le pourrait. So be cool and have fun ! Le seul propriétaire d’un corps est celui qui y réside si tant est que l’on peut considérer son corps comme une habitation individuelle (je préfère préciser). Somme toute pouvons-nous rétrocéder notre corps à d’autres dans nos éventuels jeux SM et si l’envie nous enchante bien entendu mais c’est un tout autre sujet qui nous écarte de nos préoccupations premières…

Là où chacun se démet comme il peut de cette culpabilité socialement induite, d’autres se laissent emporter par l’obsession. Du plaisir au besoin, il n’y a qu’un pas que la pulsion franchit pour s’adonner répétitivement à ce qui devient alors un rituel masturbatoire. Parait-il qu’on parle d’addiction quand la masturbation porte atteinte au déroulement « censé et serein » de notre vie. Autant dire que tant que l’intime reste à sa place aussi bien dans le secret de notre chez-nous ou auprès d’un public voyeur consentant (pourquoi pas), nous pouvons vivre nos excès. Aucune honte alors à le faire autant qu’il le faut quitte à risquer la tendinite tant que la norme ne se sent pas violée par quelconque forme d’ostentation. Nous nous branlons d’ailleurs de connaître le score de nos voisins car chacun est juge de ce qu’il entend par parcimonie dans la mesure ou plutôt la démesure quantitative de son autosatisfaction. Cependant le baromètre s’emballe lorsque la pratique nous empêche de tenir nos obligations et autres responsabilités sociales au point de perturber le rythme de notre vie jusqu’à voir par exemple notre secret jaillir aux yeux de nos proches tant notre degré de masturbation a débordé de notre jardin privatif.

IMG_8462A nous alors de savoir intimement où se situe le curseur de notre dépendance à la masturbation en le tenant assez fermement pour qu’il ne nous dépasse. Sinon quoi ? Nous nous exposons sans nul doute à quelques brulures cutanées entre autres tribulations psychosociales…

Pour conclure, je dirais que l’apprentissage de notre propre corps, au-delà d’être une raison pertinente d’abuser de la masturbation, est aussi un prétexte suffisant pour ceux qui hésiteraient ! Mieux encore, je dirais qu’il n’y a pas de secret à la réussite pour devenir l’amant(e) espéré(e) ; s’entrainer en tête-à-tête avec nous-même marque le début de nos exploits en couples ou en pluralisme. Enfin, la masturbation n’est-elle pas l’occasion rêvée de mettre en marche nos facultés cognitives et notamment celle de l’imagination ? Que nous utilisions un support, visuel par exemple, ou non, les scénarios se bousculent et foisonnent de sorte d’activer autant le plaisir que la cervelle. Je ne peux m’empêcher d’illustrer le propos en proposant comme vecteur d’excitation, la littérature érotique dont mon recueil « Sexe cité » se fait une joie de vous démontrer les vertus.

Sur ces paroles, prenons-nous en mains pour mieux avancer, si j’ose dire. Puisqu’il n’est de concert sans balance ni de chorégraphie sans répétition alors 1, 2, à nous la main.

1 commentaire sur “Branlons-nous en !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *